Mardi 13 novembre 2007 à l’amphithéâtre du Petit Louvre de Troyes, les communistes et des sympathisants étaient invités à débattre sur six questions qui couvraient environ 3
thèmes. Le premier concernait la riposte à la droite en France, mais également plus largement sur le contenu d’un projet politique Européen et international. Le deuxième sujet portait davantage
sur les questions du rassemblement et de la stratégie et la troisième thématique traitait plutôt de l’orientation et du rôle du Parti Communiste pour sortir de la situation actuelle.
La riposte à la droite par la construction d’une réelle alternative
Pour la cinquantaine de participants, dont une dizaine n’est pas membre du PCF, un constat semblait partagé : celui de la nécessité de construire un projet alternatif crédible
susceptible de faire naitre l’espoir d’un vrai changement politique. Force est de constater que si les luttes montent en ce mois de novembre, et malgré la contribution des communistes, l’idée
qu’une autre politique est possible n’est pas encore très présente au sein de la population. Ce constat était partagé par l’ensemble des participants
Symbole de cette résignation comme le relevait Jean-Pierre Cornevin dans son rapport : 55% des français sondés répondent qu’ils voteraient encore aujourd’hui pour Sarkozy… une
preuve que ce dernier a réussi à capter l’aspiration des français au changement. La droite a d’ailleurs su tenir compte de son échec idéologique lors du référendum sur le projet de constitution
européenne pour élargir sa base électorale. Elisabeth Gauthier rappelait d’ailleurs que la stratégie du candidat Sarkozy de diviser la population entre ceux qui gagnent peu et ceux qui gagnent un
petit peu plus mais craignent de tomber plus bas, a été un succès pour lui. La rupture qu’il a opéré au sein de la classe populaire (ouvriers, employés et précaires) lui a sans doute permis de
casser la possibilité d’une conscience de classe de ceux qui subissent les ravages du capitalisme. Un capitalisme qui a changé de nature, comme le signalait Elisabeth Gauthier qui a étudié la
question au sein de l’espace Marx, puisque qu’on est passé d’un capitalisme industriel, mais dans celui d’un capitalisme financier. Le changement dans les rapports sociaux est bien différents lui
aussi puisque le capitaliste n’est plus tant le patron que l’actionnaire qui n’a pas toujours lui-même conscience d’influer sur le sort des travailleurs. La mondialisation financière impose donc
une riposte d’ampleur internationale, qui commence sans doute par une explication détaillée des rouages du capitalisme et de l’accumulation d’argent. Là-dessus encore, un consensus semblait se
dégager parmi les personnes présentes au débat, reconnaissant qu’il s’agissait là d’une analyse qu’il fallait prendre en considération dans nos luttes et nos propositions.
Le rassemblement de la gauche pour résister, construire et porter une autre politique
Face à l’action du gouvernement dictée par le MEDEF visant à mettre durablement la France au pas de la mondialisation libérale, par la destruction de toutes les conquêtes issues du
programme nationale de la résistance, la gauche semble demeurer sans voix. Le Parti Communiste Français à l’initiative du comité de riposte n’a pas entrainé avec lui les autres forces politiques
progressistes. Cela pose le problème du rassemblement de ces forces et de tous ceux qui souhaitent faire front au projet de régression sociale de la droite. La difficulté est importante tant les
différentes composantes de la gauche ne convergent pas sur les réponses alternatives à apporter. Le peuple de gauche rassemblé autour du non à la constitution européenne ne semble pas pour autant
avoir fait le choix de l’antilibéralisme et de la rupture avec le capitalisme deux ans plus tard alors même qu’en France l’opinion se déclare hostile à la mondialisation capitaliste. La gauche
n’a donc pas su par ses divisions et l’absence d’un projet de société clairement en rupture donner envie à la population de se mobiliser en faveur de ses candidats et de ses combats en général,
hormis contre le CPE. Aujourd’hui la question de la force capable de porter ce projet se pose avec encore plus de forces mais ne peut intervenir avant même la construction de ce projet. Pour Joë
Triché, il est important de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, en construisant des alliances et des rassemblements avant l’élaboration d’un projet de transformation sociale. Il semblait
logique pour tout le monde que la construction du projet devait se faire de façon ouverte sur la société en tenant davantage compte des aspirations du peuple, en s’appuyant sur les organisations
existantes dans leur diversité. D’après Pierre Mathieu cela nous impose de réfléchir dès maintenant au contour du rassemblement que nous voulons opérer, dans la mesure où cela aura un impact sur
la nature du projet et poser cette question ne lui paraissait pas mettre la charrue avant les bœufs. La plupart des personnes présentes s’accordait pour dire que la construction de l’alternative
ne pouvait pas s’affranchir du calendrier électoral et des échéances liées à l’actualité politique et sociale.
Quelle place et quelle stratégie pour le Parti Communiste Français ?
Dans cette construction, chacun s’accordait pour dire qu’il fallait que le Parti Communiste Français soit en première ligne et que son influence augmente. Pour une partie
importante des participants, l’absence d’identification du Parti Communiste à un projet au niveau national au moins était une explication de la baisse d’audience du Parti. Pour certains, le nom
« communiste » pouvait constituer un obstacle à la remontée du parti, du fait notamment du poids de l’histoire du PCF, où parce que certaines proches au niveau des idées et des valeurs
ne se reconnaissaient pas comme « communistes » et pas seulement en France mais au niveau mondial aussi (où des partis partagent nos valeurs sans forcément s’appeler communistes comme
au sein de la Gauche Unie Européenne alors que d’autres en ont la dénomination mais ne partagent pas grand-chose). Quelques communistes présents posaient la question de la perception par la
population du Parti Communiste en tant que parti d’avenir. S’il y a des désaccords entre les communistes sur la période au cours de laquelle l’influence du PCF a commencé à diminuer, la majorité
pensent tout de même qu’elle date de plusieurs décennies en arrière. Pour tous, il semblait claire qu’il faut que le PCF fasse la preuve de son efficacité aussi bien dans le soutien des luttes
que pour aboutir à un projet de transformation sociale et de son utilité, qui n’est pas forcément aussi évidente pour tout le monde, même si le score de MG Buffet lors de la dernière élection
présidentielle n’est pas forcément révélateur de l’audience réelle du Parti. La contribution à la construction d’une conscience de classe, mais aussi qu’il soit moteur dans la préparation et
l’application d’un projet ambitieux et entrainant pour une population aujourd’hui résigné. D’un point de vue stratégique, il existe plusieurs hypothèses en débat au sein du parti. Pour ne citer
que les trois qui ont exprimées au cours du débat par Elisabeth Gauthier :
1/ Le maintien du Parti Communiste Français dans sa forme actuelle en améliorant ce qui peut l’être
2/ La fondation d’un nouveau parti avec d’autres forces à gauche
3/ La construction d’espaces nouveaux et d’initiatives communes avec d’autres en maintenant au moins pour le moment le PCF.
C’est une liste non exhaustive bien sûr d’orientations stratégiques qui comportent des nuances et qui sont aujourd’hui discuter au Conseil national mais qui doivent maintenant
faire l’objet de débats au plus près des gens, parmi les adhérents, et sympathisants communistes avec une population. Dans tout les cas, il est nécessaire, comme le rappelle Marcel Renaud, de
tenir compte de la mise en œuvre des stratégies précédentes qui ont été des expériences utiles.
Malgré une quasi-unanimité sur la nécessaire construction d’un projet nouveau et mobilisateur, des désaccords sur la stratégie sont apparus au cours du débat. En revanche, tout le
monde semblait d’accord pour dire qu’il ne fallait pas se précipiter dans un sens où dans un autre et prendre le temps du débat malgré la course permanente contre le temps.
Discussions