Rapport d'introduction à la réunion du 2 mars 2009.
La crise : causes et conséquences
Avant toute chose, je tiens à vous remercier de votre présence ici ce soir, pour ce qui peut constituer le lancement de la campagne des élections européennes à Troyes avec des enjeux qui en cette période de crise du capitalisme apparaissent sous un jour nouveau.
Alors que le gouvernement prévoit 300 000 chômeurs de plus à la fin de cette année, dont déjà plus de 90 000 en janvier - l’Aube ne faisant pas exception avec une augmentation de 372 personnes privées d’emploi - et qu’il admet enfin que la récession sera d’une ampleur encore jamais vue sans doute de plus de 1,5%, nos concitoyens ont largement dépassé le stade de l’inquiétude. Ce sont des millions de salariés au niveau de l’Europe qui sont menacés de perdre leur emploi, s’ajoutant aux millions de personnes déjà privés d’emploi, et aux millions d’autres prisonniers de la précarité et de la pauvreté (16 % de pauvres en Europe).
Qui aurait pu imaginer, ne serait-ce qu’il y a 6 mois que les mécanismes du système capitaliste apparaitraient aussi clairement à la population pour ce qu’ils sont vraiment, à savoir une machine à broyer les êtres humains et l’environnement pour le profit de quelques uns ?
Un système qui génère toujours plus d’inégalités, et conduit, de toute évidence pour certains d’entre nous du moins, droit dans le mur.
Je ne reviendrai pas, avec vous, sur l’historique de la crise économique, sociale et je dirais même, démocratique, qui trouve ses sources au-delà de la crise financière née des subprimes et de la crise de l’immobilier aux Etats-Unis au début de l’été 2007.
Il ne s’agit là que d’une conséquence d’un processus de « mondialisation capitaliste » dans lequel l’Union Européenne fait bien plus que se fondre.
Les racines de cette crise sont inhérentes au capitalisme qui n’est « mesuré » que pour permettre sa survie et sa régénération. La nature du capitalisme est totalitaire, et réclame toujours plus déréglementations pour assurer les moyens de son développement.
Celui-ci se fait par le biais de l’exploitation sans limite des ressources humaines et naturelles, pour engranger toujours de profits et une redistribution de la valeur ajoutée produite par les travailleurs toujours plus en faveur du capital que des salaires. C’est ainsi par exemple qu’en France, 10 points de la valeur ajoutée sont passées de la rémunération du travail à celle du capital en l’espace de 20 ans.
Cela explique la faiblesse du pouvoir d’achat, et la réduction de la consommation soutenue un temps par un endettement devenu insupportable pour de plus en plus de personnes.
Ces éléments comme les causes de la crise du capitalisme, vous les connaissez sans doute aussi bien, si ce n’est mieux que moi, et vous le savez aussi la construction de l’Union Européenne à travers ses traités plus libéraux les uns que les autres n’a fait qu’accentuer la mainmise de quelques uns sur l’Europe.
L’Union Européenne : meilleur élève du capitalisme
Internationalement l’Union Européenne est même prise en modèle par les économistes néoclassiques, c’est-à-dire libéraux, qui vantent sans honte les bienfaits de l’économie marché libérée de toute contrainte (sociale et environnementale s’entend) juridiques ou réglementaires alors qu’il y a près de 100 millions de pauvres en Europe.
Cette Union Européenne où le culte de concurrence libre et non faussée est célébré presque quotidiennement au niveau de la commission européenne et du Conseil de l’Europe, est celle qui prévoit un plan de relance concertée gavant le système financier à coup de milliards d’euros pendant que les services publics sont privés de moyens.
Les différents traités européens ont progressivement levé les obstacles entravant la libre circulation des capitaux, tout en faisant de l’Union Européenne un camp retranché, fermé aux femmes et aux hommes candidats à l’immigration, fuyant parfois la misère provoquée par la surexploitation des ressources des pays les plus pauvres et les programmes de réduction des dépenses publiques pourtant essentielles.
Le dernier en date, traité de Lisbonne, héritier du traité constitutionnel européen désavoué par les peuples français avec 54,67% des voix (15 449 000 exprimés en faveur du NON dont 75 345 dans l’Aube soit un peu de 57% des suffrages), puis Hollandais, n’a lui-même fait l’objet que d’un seul référendum en Irlande l’année dernière où il a été également repoussé démocratiquement.
Ratifié par les parlements nationaux à majorité libérale ou sociale-démocrate, il constitue la cerise sur le gâteau pour des capitalistes qui entendent encore accentuer la pression sur les salariés européens et réduire à l’état de marchandise ce qui reste encore du domaine public.
Il fera l’objet d’un nouveau référendum en Irlande, puisque les chefs d’Etat Européens dans leur grande majorité entendent passer outre la volonté des peuples qui ont pu s’exprimer démocratiquement.
La construction de l’Union Européenne a clairement échappé au contrôle populaire, au point d’être composé d’instances déconnectées des réalités politiques et sociales (à l’exception du Parlement Européen) répondant aux seuls impératifs du marché avec comme dogme indépassable celui du libéralisme économique sans aucune remise en question.
Il en va ainsi de la Commission Européenne constituées de personnes dont la compétence est mesurée en fonction de leur degré de soumission aux lobbies patronaux. Il en va également ainsi pour la Banque Centrale Européenne qui s’appuie sur son indépendance statutaire pour étouffer l’économie au prétexte d’une maîtrise de l’inflation et répondre aux besoins « d’attractivité » de la zone euro pour les capitaux du monde entier.
Avec ces élections pour élire les députés européens, il s’agit de réintroduire de la démocratie dans cet espace qui échappe à l’exercice de la souveraineté populaire.
Ces élections qui se dérouleront en France le 7 juin prochain peuvent permettre de réorienter une Europe qui entend poursuivre l’intensification de l’exploitation par un temps de travail toujours plus long, des droits collectifs réduits à leur plus simple expression, un alignement européen sur l’OTAN et donc les Etats-Unis, une concurrence accrue entre les salariés, et une réduction drastique des dépenses publiques ou encore la soumission des services publics à la concurrence par l’ouverture de marchés très demandés par les capitalistes tant dans le domaine de la protection sociale que de la formation ou de l’éducation...
Des forces capitalistes toujours à l'affût
Tous ces projets sont pour le moment remisés dans les cartons de la commission européenne du fait notamment d’un groupe politique Européen réduit certes (41 parlementaires quand même) mais combatifs : le GUE (ex :la directive pour déroger à la limitation de la durée hebdomadaire de travail, limitée à 48h, et permettre de faire travailler les salariés jusqu’à 65h par semaine repoussée par le Parlement Européen le 17 décembre dernier), de même que de nombreux projets de réformes « antisociales » des différents gouvernements européens.
Cela s’explique bien entendu par l’importance des mobilisations sociales (manifestation de Dublin 120 000 personnes dans la rue il y a à peu près une semaine, mouvement du 29 janvier 2009 avec plus de 2 millions de manifestants) et des luttes (comme chez DACIA avec une belle unité des salariés européens, ou bien celles de la jeunesse Européenne en Grèce, en Espagne, et En France qui fait reculer le gouvernement sur ces projets de réformes liés à la loi LRU, la loi Darcos) mais pas uniquement.
Ces victoires et reculs des différents gouvernements européens viennent aussi conforter l’intérêt des élections européennes qui arrivent et qui jouent en faveur des mouvements sociaux en Europe.
En effet, ne nous y trompons pas la perspective de ces élections pousse une grande partie des gouvernements européens à « gauchiser » leur discours et à ralentir leur politique de mise au pas des salariés, et des services publics pour une Europe toujours plus libérales.
Mais cette volonté persiste et peut ressurgir avec d’autant plus de forces à l’issue d’un scrutin qui ne marquerait pas la volonté claire d’une rupture avec ce mode de fonctionnement qui sert l’intérêt des plus puissants.
Par exemple, le projet d’ouverture du capital c'est-à-dire de la privatisation de la Poste reste d’actualité malgré son ajournement et les forces capitalistes réclament toujours plus de déréglementations, d’aides publiques sans contrepartie, de nouveaux marchés à faire fructifier…
Un appel populaire à l’unité de la gauche sur un projet de rupture
A nous aussi de ne pas décevoir l’appel à l’unité qui émane de ces mobilisations. L’union syndicale qui va se traduire par une nouvelle journée de lutte unitaire le 19 mars prochain, et qui est porteuse d’un contenu social fort interpelle les différentes formations politiques qui ne peuvent pas proposer des réponses en-deçà des attentes de millions de salariés, de retraités et de jeunes à travers l’Europe entière.
Cette large unité populaire dans les revendications et les luttes sociales, ainsi que les enseignements d’une campagne victorieuse en faveur du « non au TCE » nous confère une grande responsabilité vis-à-vis de la population française et au-delà.
Le débouché politique doit être à la hauteur de la situation et porter une perspective de changement profond auquel les gens aspirent sans toujours savoir l’exprimer.
Il ne s’agit pas simplement « de revisiter la stratégie de Lisbonne » avancée dont se réjouissent les membres de l’aile gauche du PS et qui justifient leur vote pour le texte commun du PS « pour une Europe de la protection et de la promotion ». Il s’agit au contraire de marquer une rupture claire avec cette construction européenne faîte pour répondre aux intérêts des multinationales et de leurs actionnaires.
Une partie des réponses à l’exigence sociale au combien légitime peut et doit venir de l’Union Européenne, parce qu’elle en a le pouvoir et parce que son contenu actuel est aussi la cause de l’aggravation de la situation d’une proportion toujours plus importante de la population européenne et mondiale.
Pour répondre à ce besoin d’unité des forces progressistes et de transformation sociale en France exprimés régulièrement par les Français, et reconstituer l’union qui avait permis de marquer un coup d’arrêt dans la politique libérale de l’Europe par les reculs sur la directive Bolkenstein, et surtout le projet de traité constitutionnel européen, le PCF a lancé un appel très tôt en vue de prochaines échéances décisives pour la réorientation de la politique européenne.
Il s’agit d’unir celles et ceux qui souhaitent porter ensemble un autre projet pour l’Europe reposant sur des principes et valeurs claires sous une même bannière pour mener ensemble une campagne unitaire susceptible de peser en faveur d’une réorientation de l’Europe.
Pour paraphraser le tract, je dirais que nous voulons nous donner l’objectif de construire en 2009 l’Europe dont nous avons besoin en ces temps difficiles c’est-à-dire :
- Une Europe sociale, écologique et démocratique
- Une Europe efficace contre la crise
- Une Europe de l’égalité entre les femmes et les hommes
- Une Europe débarrassée des dogmes libéraux et des réflexes capitalistes
- Une Europe force de paix
Les forces en présence et leur stratégie :
Pour le moment cet appel au rassemblement de la gauche et des citoyen-ne-s a reçu un large écho dans le mouvement social avec un réel intérêt pour la démarche manifestée par les forces progressistes de ce pays.
Le Parti de Gauche (dont je salue les membres ici présents) a déjà répondu positivement à cet appel et s’investit pleinement dans la constitution d’un front de gauche capable de faire bouger les lignes à gauche et de créer une dynamique en rapport avec celle du référendum sur le TCE en 2005.
Le Nouveau (plus si nouveau d’ailleurs) Parti Anticapitaliste a été contraint de se positionner lors de son congrès de création sur cet appel. Surfant sur la vague des sondages et la popularité bien entretenue d’Olivier Besancenot, et malgré l’aspiration unitaire de plusieurs de ses membres (et plus particulièrement parmi les nouveaux adhérents), le NPA a botté en touche pour éviter de rejoindre ce mouvement. Prétextant du refus de toute alliance avec le PS (dont il n’était pas question ici étant donné le positionnement des socialistes tout aussi peu ouvert), et la nécessité d’un front durable excluant une partie de la gauche « réformiste » jusqu’aux élections régionales (comme par hasard), l’ex-LCR a refusé de prendre part au front de gauche ajoutant le refus du nucléaire à la liste des conditions d’adhésion au front de gauche.
Au contraire, certaines formations de gauche de taille plus restreintes ont fait part de leur volonté de rejoindre le Front de Gauche, sans condition préalable qui pourrait conduire à ramener la droite au pouvoir aux prochaines élections régionales et pourrait fermer la porte à une alliance reposant sur un contenu politique plus à gauche. C’est d’ailleurs cette réponse qu’une minorité de l’ex-LCR menée par Christian Piquet entendait donner…
Je faisais d’ailleurs état des sondages qui créditeraient le NPA de 9% d’intention de vote sur lesquels j’émets quelques doutes tout de même puisqu’hors de Besancenot, il n’est pas certain qu’une liste NPA puisse aller chercher autant alors que la question est posé par rapport au leader populaire (populiste ?) de cette formation… ceci dit si j’étais les médias et que je souhaitais enrayer la dynamique unitaire du Front de Gauche, je veillerai aussi à donner beaucoup d’importance à celui qui peut briser cette unité…
Je ferme là la parenthèse sur le NPA pour vous faire part de ma colère vis-à-vis des médias qui lors de la présentation des têtes de listes du PS aux élections européennes ont noté la confrontation des socialistes à la concurrence d’autres formations comme le Modem (qui serait devenu tendance sous la houlette des ex-jeunes giscardiens…) comme le NPA dont je viens de parler, des écologistes, de l’UMP, du reste de l’extrème-droite, de LO… mais qui ont complètement passé sous silence le Front de Gauche.
Pour continuer le petit tour d’horizon politique, je ne m’étendrai pas sur le cas du PS qui a préféré le « manifesto » social-libéral européen - établi avec ses amis du PSE - à l’union de la gauche. Localement sa tête de liste sur la circonscription de l’Est sera Catherine Trautmann.
Pas plus que sur celui des Verts qui ont retrouvés les écolos de droite jusqu’à Bové dans une alliance bien qui penche de plus en plus à droite puisque les alter-écolo de Francine Bavay par exemple ne se sont pas prêtés à cette mascarade « apolitique ».
Je ne reviendrai pas non plus loin sur la position de Lutte Ouvrière qui avait semblé s’ouvrir lors des élections locales mais qui retrouvent son position sectaire ne voulant (ou ne pouvant) même pas le partager avec le NPA.
Le MRC réserve, quant à lui, sa position pour le moment vis-à-vis du Front de Gauche.
Pour autant l’offre de rassemblement de la gauche à travers d’un Front de Gauche pour changer l’Europe reste plus que jamais d’actualité.
Pour la circonscription de l’Est (Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne, Bourgogne et Franche-Comté) la liste (de 18 noms , 9 titulaires et 9 suppléants ?) devrait être conduite par une adhérente du Parti de Gauche, la deuxième place de la liste serait attribuée à un communiste le tout dans un esprit d’ouverture à des personnalités partageant la démarche initiée.
Conclusion
L’enjeu de ces élections est donc bien de transformer notre campagne pour le rejet de l’Europe libérale et militariste (même si cela va de paire) en un projet de transformation de l’Union Européenne pour une Europe sociale, pacifiste, écologiste, ouverte au monde qui serait à même de garantir une progression constante des droits individuels et collectifs de sa population et de porter un autre modèle de mondialisation solidaire et durable.
Electoralement mais également parce que c’est indispensable pour remporter la bataille des idées face à des capitalistes qui ont de plus en plus les coudées franches, nous avons besoin de députés partout en Europe qui soient porteurs de cette vision progressiste et émancipatrice de l’être humain et de son environnement.
C’est d’autant plus nécessaire que leur pouvoir est réel, en effet, le Parlement Européen (736 députés) participe à l’élaboration de la législation européenne et peut empêcher l’adoption de certaines propositions du Conseil Européen (chefs de gouvernement). Il vote le budget de l’Union (862,3 milliards d’euros sur la période 2007-2013), peut destituer la Commission Européenne et peut demander à celle-ci de soumettre des propositions au Conseil Européen.
Transformer une exaspération sociale en un espoir concret de changement n’a rien d’évident ni de facile, soyons clairs là-dessus mais c’est non seulement souhaitable mais aussi de plus en plus nécessaires.
Ce ne sera pas possible sans l’adhésion la plus large possible des citoyennes et citoyens de l’Union Européenne, et cela passe bien entendu par des actions au plus près la population, cela passe sans doute par la démultiplication de comités de soutien du Front de Gauche ouverts s’appuyant sur une démarche populaire. Je vais donc vous faire une proposition dès maintenant avant de lancer le débat, en faveur de la création d’un comité local citoyen de soutien au front de gauche pour faire gagner les valeurs que nous défendons toutes et tous ici, je n’en doute pas. Et nous le démontrerons le 8 mars prochain lors du meeting au Zenith pour lequel un car est programmé au départ à midi ici même, avec un arrêt à Romilly.
Merci de votre attention.