Résistance civique aux expulsions de sans-papiers

Publié le par flotroyen

Une dépêche de l'AFP qui fait bien plaisir :

AÉROPORT-DE-ROISSY (AFP) - Des élus du comité central d'entreprise d'Air France ont interpellé ses actionnaires, qui se réunissent jeudi en assemblée générale, pour demander "l'arrêt de l'utilisation des avions du groupe" pour l'expulsion des sans-papiers, une démarche sans précédent.

Le 5 juillet, au cours du CCE durant lequel cette motion a été adoptée, le PDG Jean-Cyril Spinetta a en outre affirmé qu'il se "passerait bien" de ces expulsions, selon un compte-rendu consulté mercredi par l'AFP, confirmé par trois élus au CCE et que la direction d'Air France a qualifié de juridiquement "sans valeur".

"Ce n'est pas par préoccupation commerciale, nous nous en passerions bien et les coefficients de remplissage d'Air France sur l'Afrique sont là pour démontrer que nous n'avons pas besoin de ces clients-là", affirme notamment le PDG d'Air France.

"Si le gouvernement (...) décidait de passer par un autre système qu'Air France, je m'en réjouirais personnellement", ajoute-t-il.

Dans leur motion, les élus avaient pour leur part demandé aux actionnaires "de se prononcer pour l'arrêt de l'utilisation des avions du groupe Air France-KLM pour les expulsions d'étrangers qui nuisent à l'image de la compagnie et à la sécurité des vols".

Cet appel, adopté par 12 élus représentant les syndicats CFDT, CGT, FO et CGC, rejoints ensuite par les syndicats de pilotes Alter et Spaf (minoritaires), n'a pas été signé par les deux syndicats majoritaires chez les pilotes, stewards et hôtesses - AF-Alpa et Alliance-PNC -, bien que le deuxième ait admis un "malaise" chez ces derniers.

Il n'en reste pas moins nouveau: auparavant, seuls Alter, Sud ou encore la CGT s'étaient prononcé ouvertement contre ces expulsions.

"C'est une manière d'alerter les actionnaires qui sont là pour gagner de l'argent sur un problème qui est aussi commercial. Les expulsions sont très mauvaises pour l'image de marque d'Air France", a déclaré à l'AFP Philippe Decrulle, élu CFDT du CCE.

"Le ras-le-bol des employés de la compagnie est de plus en plus perceptible. Il y a de plus en plus de vols annulés et de passagers qui terminent devant le tribunal parce qu'ils ont pris fait et cause pour le reconduit", a-t-il ajouté.

Cette motion s'inscrit dans le contexte d'une mobilisation accrue contre les expulsions (suscitée depuis 2006 par le Réseau éducation sans frontières) et d'une volonté gouvernementale d'augmenter le nombre d'expulsions, avec un objectif de 25.000 en 2007.

Dans un communiqué, les syndicats déjà mentionnés demandent donc "un moratoire sur les transports d'expulsés", évoquant aussi "les scènes d'une extrême violence" subies par les passagers lors des incidents provoqués par la répression d'expulsés récalcitrants ou les remontrances de passagers solidaires.

Selon RESF, Air France est la première compagnie utilisée pour les expulsions, notamment de par ses dessertes des pays d'origine. Le ministère de l'Intérieur, qui n'a pas voulu communiquer de chiffres, n'a pas confirmé.

Mercredi, le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux a déclaré que sur les 6.000 "éloignements" intervenus entre janvier et mai 2007 par voie aériennne, seulement "4,6%" avaient posé des "difficultés".

Il "n'appartient pas à Air France de remettre en cause de telles décisions prises dans le cadre d'un Etat de droit", a réagi mercredi la compagnie.

L'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) a elle appelé l'Etat à "utiliser ses propres moyens", notamment pour des "raisons de sécurité".

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Publié dans Politique française

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